sábado, 17 de noviembre de 2007
XIVe Congrès international et exceptionnel d’études morisco-andalouses sur:


Le 4e centenaire de l’expulsion des morisques d’Andalousie (1609-2009)

Fondation Temimi : 20.21.22.23 mai 2009.


Fuente: Fundation Temimi


Dans le cadre de l’intérêt porté pour les études morisco-andalouses depuis sa création, la Fondation Temimi a organisé, depuis 1983, 13 congrès internationaux, dont le plus important fut sans aucun doute, le congrès organisé en 1992 à l’occasion du 5e centenaire de la chute de Grenade, dernier royaume des Arabo musulmans d’Andalousie (1492-1992).

A cette occasion, la Fondation a pu inviter plus de 100 historiens et chercheurs venus du monde entier ; les travaux de ce congrès o­nt été publiés dans deux volumes devenus depuis, des références incontournables pour les spécialistes du dossier morisco-andalou.

Il faut savoir que la Fondation a publié à ce jour plus de six cents (600) études scientifiques sur ce champ d’études, en diverses langues plus particulièrement en espagnol et en français. Dans ce cadre, la Fondation s’engage à organiser un congrès international exceptionnel à l’occasion du 4e centenaire de l’expulsion des Morisques de leur pays, l’Andalousie (1609-2009). Nous ne doutons pas que ce congrès exceptionnel a une portée historique indéniable, en plus de son enjeu, du fait qu’il s’insère dans un contexte international, qui œuvre pour le dialogue entre les civilisations, les cultures, la coexistence pacifique, la reconnaissance de l’Autre, le droit à la divergence et le multiculturalisme. Ces valeurs n’ont pas bénéficié aux Morisques dans leur pays au cours du 16e siècle, du fait de la posture des terribles tribunaux de l’Inquisition à leur égard, alors que ces Morisques o­nt pu bénéficier de ces valeurs universelles, à divers degrés, dans leurs pays d’accueil, principalement dans les pays du Maghreb, mais aussi dans des rivages de la Méditerranée et dans le Nouveau monde.Deux thèmes majeurs se dessinent pour ce congrès exceptionnel:

Primo: les conséquences humaines, économiques sociales et cultuelles de l’expulsion des Morisques d’Andalousie (1609-2009):
- Les conditions inhumaines de l’extradition forcée des morisques de leur pays andalou.- au niveau de l’Espagne : Poids démographique et économique des Morisques Andalous;

- au niveau des pays d’accueil : Les contributions andalouses professionnelles et civilisationnelles.

Secundo:
Leçons à tirer des malheurs de l’expulsion des Morisco-andalous:
- La dénonciation de l’attitude des tribunaux de l’Inquisition, aussi bien les anciens que les modernes;
- La mise en valeur des principes de la tolérance, de la coexistence et de la reconnaissance de l’Autre;
- Combattre les drames de l’humanité à venir sur la base d’un nouveau système, centré sur l’humanisme, la coexistence et le partenariat.

Le premier thème s’ouvrira surtout aux spécialistes d’études morisques, ceux qui travaillent inlassablement sur les documents et les archives espagnoles, européennes, ottomanes et arabes, les manuscrits aljamiados et les textes littéraires ainsi que les nouvelles sources de différents pays d’Europe et d’Amérique Latine.

Le second thème sera plus ouvert sur les autres spécialités concernées par les questions intellectuelles, culturelles et civilisationnelles du temps présent. Parce que l’expulsion des Morisques ne fut pas un événement ordinaire dans l’histoire des relations entre l’Orient et l’Occident, et parce que cela a concerné plus d’un demi million de personnes, forcés à l’exil dans les pires conditions, cela constitue un thème pour la recherche, sans cesse renouvelée par les nouvelles générations de chercheurs et d’historiens toutes nationalités confondues ; un thème à reconsidérer pour les hommes politiques et autres catégories sociales concernées par le devenir de l’Humanité, afin d’éviter à nouveau un drame similaire du fait des confrontations et des conflits ouverts à travers le monde.

Ce congrès se tiendra à Tunis qui a accueilli, il y a de cela quatre siècles maintenant, près de cent mille (100.000) de ces réfugiés Morisques ; sachant que le Maroc a accueilli cinquante mille (50.000) et l’Algérie vint-cinq mille (25.000). D’autres groupes de réfugiés morisques se sont dirigés vers d’autres pays comme la Libye, l’Egypte, le Midi de la France, Livourne, et surtout vers le centre de l’Etat ottoman, la Sublime Porte et l’Anatolie, où ils o­nt été accueillis. Leurs traces o­nt été également retrouvées en Amérique latine, en Inde, à Tombouctou, et dans d’autres espaces également. Cette dispersion est signe de toute la densité de cette tragédie à laquelle o­nt été exposés les Morisques, et il est de notre devoir, en tant qu’institutions, fondations, centres de recherche arabo-musulmans, historiens, politologues et élites, d’unifier nos efforts afin de faire parvenir notre message, que nous devons adresser plus particulièrement:

- Aux autorités espagnoles en vue d’asseoir et d’approfondir le dialogue entre l’Espagne et le monde arabe sur des bases nouvelles qui s’élèvent sur l’esprit humaniste, la fraternité et la coopération sincère et fructueuse, comme nous leur demandons d’élaborer un document de portée historique et culturelle, sorte d’excuses pour cette horrible tragédie humaine, comme elles l’ont fait elles-mêmes auprès des descendants des expulsés juifs d’Andalousie, et nous proposons la publication d'un document similaire à ce qui a été fait pour la minorité juive d'Andalousie en 1992 où le pardon devrait être clairement exprimé. Ce qui a été fait pour la minorité juive d'Andalousie peut, mutadis mutandis, être fait pour les Andalous musulmans, majorité démographique, et bâtisseurs de cette civilisation unique au monde.

- A tous les responsables politiques et bienfaiteurs arabes et aux institutions de recherches reconnues comme tel, afin de participer à la défense de ce patrimoine laissé en Andalousie et de mettre sur pied un nouveau laboratoire de connaissances, afin d’œuvrer à la traduction des milliers d’études et de thèses universitaires réalisées sur ce dossier ; de même qu’il faut bâtir un nouvel espace de recherche pour fonder une banque de données et la rendre disponible pour les chercheurs et le grand public dans le monde arabo-musulman et le monde tout court, qui est encore dans l’ignorance de cette terrible tragédie humaine au début du XVIIe sicèle.

- Cette lettre devra être également adressée aux historiens occidentaux, américains et internationaux, afin qu’ils poursuivent objectivement leur approche de ce dossier ; nous saluons ici l’Ecole de Porto-Rico où travaillent aujourd’hui plus de 20 chercheurs spécialisés dans la littérature aljamiado morisque.

Notre invitation est ouverte à tous les spécialistes internationaux, arabes et musulmans, afin qu’ils prennent part à ce congrès international exceptionnel, et nous ne manquerons pas d’informer les participants de tout nouvelle information pour participer à la réalisation de ce congrès international ; aussi bien, sont-ils invités à contacter la Fondation Temimi, organisatrice du congrès et de nous envoyer toute suggestion pour la réussite scientifique de cet événement majeur.

Vous trouverez ci-joint le formulaire de participation au congrès prière de le remplir et de nous l’adresser.Recevez cher (e) collègue, l’expression de mes respectueuses salutations.

Prof. Emérite Abdeljelil Temimi.




Tunis, capitale de la moriscologie

de Abul al-Ghaïth al Qachach à Abdeljelil Temimi



Luce López Baralt
Université de Porto Rico


En 1609 à presque quatre siècles passés, l’Espagne des Philippes connut un cruel processus de démembrement quand elle obligea les Morisques espagnols à s’exiler massivement vers les terres musulmanes. Même le père Aznar Cardona, pourtant peu complaisant envers la minorité marginalisée, fut pris de pitié devant le terrible spectacle offert par les expatriés, lesquels, couverts de poussière et assoiffés, se dirigeaient en désordre vers l’exil, portant les quelques rares affaires qu’on leur avait permis de récupérer : voici son témoignage.

"Les malheureux partirent donc aux dates qui leur o­nt été assignées par les officiers royaux, en processus désordonnés, ceux qui à pied avec ceux à cheval, avançant les uns et les autres, étouffés par la chaleur et les larmes, dans un grand vacarme de voix et de plaintes, ayant à leur charge leurs femmes et enfants, leurs malades, leurs personnes âgées, couverts de poussière, suant et haletant, les uns dans des charrettes, serrés entre leurs affaires de valeur et les autres sur des montures avec des inventions bizarres et dans des postures fort rustiques, sur les selles à dossier, sur des bâts, dans des cabas de sparte, ou sur des bâts réservés au transport de l’eau, entourés de besaces et autres sacs de vivres de cruches, de paniers, de hardes, vêtements, chemises, pièces de toiles, manteaux, morceaux de chanvre, des pièces de lin et bien d’autres choses du même genre, chacun avec ce qu’il possédait. Les uns à pied rompus, mal vêtus, chaussés d’espadrilles, les autres leurs capes autour du cou, d’autres encore avec leurs petits fardeaux, d’autres enfin, avec leurs atours et autres paquets, tous saluaient ceux qui les regardaient ou qu’ils rencontraient et leur disaient : que le Seigneur vous garde.

Parmi les susdits sur les charrettes et les montures (le tout loué parce qu’ils ne pouvaient sortir et emmener que ce qu’ils pouvaient personnellement tels que leurs vêtements et l’argent des biens meubles qu’ils avaient vendus) sur lesquelles ils rejoignaient les frontières du royaume ; de temps en temps plusieurs femmes (de quelques riches maures) étaient transformées en véritable porte-bijoux tellement elles avaient de petits médaillons en argent sur la poitrine, accrochés autour des cous avec des colliers, des pendentifs d’oreilles ; des objets en corail ornés de mille manières et couleurs paraient leurs vêtements avec lesquels elles dissimulaient une partie de la douleur du cœur. Les autres qui en rien ne leur ressemblaient marchaient à pied, fatigués, souffrants, perdus, tristes, confus, honteux, en colère, souillés, enragés, désabusés, assoiffés et affamés…" ( ).

Le spectacle de ces exilés serait sans doute tellement terrible, ils étaient "fatigués, souffrants, perdus, tristes, confus, honteux, en colère, souillés, enragés, désabusés, assoiffés et affamés". Mais quelques uns de ces morisques, si cruellement expatriés, eurent la chance d’arriver à bon port en terres de Berbérie et l’un d’entre eux, l’auteur du ms. S 2 de la Bibliothèque de la Real Academia de la Historia de Madrid ( ), que nous considérons toujours anonyme ( ), réussit à laisser à la postérité, un émouvant témoignage de son arrivée à Tunis. Deux personnes lui ouvrirent leurs bras : le pieux santon Sidi Abulgaïz (Abul Ghaïll A Khachach) qui mobilise tout le pays pour accueillir les morisques et le gouverneur ottoman Othman Dey, qui protégea les nouveaux arrivants comme communauté étrangère autonome, de haut niveau technique et économique, et les plaça directement sous sa protection politique, qui incluait d’importants dégrèvements fiscaux. Notre morisque s’empressa de sauver pour la postérité la mémoire de ces deux figures protectrices plusieurs années après leur accueil en Tunisie .

« Ici (terre d’Islam) nous reçurent Othman Dey, roi de Tunis, très arrogant d’habitude, mais aussi doux que l’agneau avec nous, Sidi Abulghaïth avec sa sainteté et les gens avec leur Islam, tous cherchèrent à nous mettre à l’aise, en nous offrant leur amour et amitié. Othman Dey abrogea l’impôt de cent écus que devait payer chaque bateau qui accostait au port pour nous encourager ( ) à côté de cela, il nous laissa libres de nous installer là où nous voudrions. Ceux qui choisirent Mahdia, ils le furent contre sa volonté, mais malgré tout, ils les aida avec du blé, de l’orge, des (…) et j’ai su d’un ami très intime à lui que quand il a été malade, il dit "quand je retrouverais la santé nous devons, toi et moi, aller là où ils se sont installés pour voir ce qui leur manque et le leur donner". Et ils leur accorda trois années de liberté, durant lesquelles, ils ne payaient rien (..) et il voulut que personne ne se mêle de nos affaires (…) il disait que nous étions janissaires sans solde, et bien d‘autres choses de moindre importance. De son côté, Sidi Abulghaïth nous aida avec des provisions et en nous installant dans les sanctuaires de la ville, comme celui de Sidi Azzulaïji où beaucoup de pauvres s’installèrent avec leurs femmes et leurs enfants. Et comme il est normal que les enfants fassent leurs besoins, là où ils peuvent, les ordures s’accumulèrent, poussant le responsable du lieu à en alerter Sidi Abulghaïth lui disant que le sanctuaire était devenu un véritable dépotoir. Sidi Abulghaïth répondit : "laisse-les où ils sont, et qu’ils se salissent et fassent ce qu’ils veulent, car si l’endroit où ils sont pouvait parler, il dirait : soyez les bienvenus dans mon heureuse demeure, vous les bienheureux et bons musulmans, mes chers frères qui n’aimeront et chériront que ceux qui sont croyants et ne détesteront que celui qui est hypocrite" (Fols 12 v-13v) ( ).

Je me suis permise d’évoquer longuement le souvenir de ce généreux accueil historique que les Morisques espagnols reçurent des autorités tunisiennes, parce que, quatre siècles plus tard, le Dr Abdeljelil Temimi est en train de réitérer cette bienvenue, déjà si éloignée dans l’histoire, tout en la réactualisant comme question à l’ordre du jour.

On pourrait presque dire que, avec les études scientifiques autour de la moriscologie qu’il a promu et écrit, le Dr. Temimi porte à leurs ultimes conséquences les faits que décrit le journal d’arrivée du réfugié anonyme en 1609. Grâce au maître Temimi, il n’est pas exagéré de dire que Tunis n’a cessé d’accueillir les Morisques espagnols durant quatre cents ans. Dans l’histoire je ne connais pas de refuge plus généreux ni plus loyal, car c’est précisément dans ces terres tunisiennes que nous chercheurs d’origines très diverses, nous avons été invités pour réfléchir sur les victimes de cet exil massif qui finirent pas trouver refuge et consolation dans cette authentique « oasis de paix au milieu de la Méditerranée » ( ), comme le même Temimi appelle son beau pays. Il y a des crises historiques d’une telle envergure qu’il faudrait, en effet, des siècles pour pouvoir commencer à en apprécier toutes les conséquences. Le Dr. Temimi a eu la lucidité et l’extraordinaire générosité d’édifier un pont symbolique,-je me sers des mots du toujours éloquent collègue Louis Cardaillac ( )- qui a réussi à unir non seulement les deux rives d’un fleuve, mais qui a aussi permis le passage et l’échange entre les êtres humains qui le traversent. Le pont qu’Abdeljelil Temimi nous a tendu a su connecter non seulement les horizons, mais aussi les civilisations. Bien avant que l’historien américain Sammuel Huntington ne présente l’abominable climat actuel que nous allons devoir vivre avec son Clash of civilisations, déjà Abdeljelil Temimi avait inauguré un espace de réflexion collective – et réitérée – autour de cet ancien « choc des civilisations » qui eu lieu entre l’Espagne et le Monde islamique. Il le fit grâce au dialogue vibrant, indépendant, libre et compréhensif, justement pour conjurer d’autres possibles chocs de civilisations.

Quand il commença son généreuse geste scientifique, le collègue Temimi (et nous tous qui avons traversé plusieurs fois son pont savant) était loin d’imaginer l’urgence qu’a, aujourd’hui, son importante œuvre civilisatrice. Le pont entre les anciens morisques et les Espagnols du siècle d’Or est aussi, aujourd’hui, le pont entre la civilisation islamique et la civilisation occidentale. En Tunisie, comme je l’ai déjà dit, nous avons emprunté plusieurs fois – et dans toutes les directions – ce pont symbolique, inébranlable par ses fondations et magnanime par son envergure.

Les premières récoltes modernes de la réflexion collective sur le phénomène morisque eurent lieu premièrement à Oviédo, en 1978, où a été organisé un premier congrès international sur le thème, sous la direction de Alvaro Galmés de Fuentes ; ensuite à Montpellier, en 1981 sous la direction de Louis Cardaillac. A partir de là, Abdeljelil Temimi prit la relève, quand il organisa sa première rencontre scientifique en Tunisie en Septembre 1983. Cardaillac déclara publiquement que « c’est donc un honneur et une grande joie pour moi de transmettre symboliquement la flamme à Tunis » ( ). Une fois la symbolique flamme reçue, Temimi devra la porter pour toujours, parce que à partir de cette année, les rencontres scientifiques ne cessèrent de se succéder et elles dépassent déjà quatorze – une chose totalement impossible dans n’importe quel pays du monde- et elles continuent à se projeter dans le futur.

Les premiers congrès eurent lieu dans la capitale du pays et à Hammamet, mais ensuite et pendant plusieurs années, le siège fut transféré à Zaghouan, une des anciennes villes tunisiennes qui accueillit avec une générosité particulière les morisques réfugiés. Là, Abdeljelil Temimi a construit un édifice d’une incomparable beauté architecturale, comportant des salles pour les réunions scientifiques, des chambres pour les chercheurs, une bibliothèque et une maison d’édition. Bien que aujourd’hui les séminaires s’organisent de nouveau dans la capitale, nous, chercheurs, portons dans nos cœurs, pour la vie, ce palais uniquement dédié au savoir, entouré de plantes de jasmins et de fleurs à l’ombre des grands arbres fruitiers.

La profession et la réussite de ces congrès scientifiques auxquels participèrent des collègues venus d’Espagne, Tunisie, Algérie, Etats-Unis, France, Maroc, Jordanie, Palestine, Hollande, Italie, Venezuela, Egypte, Finlande, Mexique, Russie, Pakistan et Puerto Rico, entre autres pays qui permirent la création d’importantes institutions comme le CIEM (Comité International d’Etudes Morisques) et FTERSI (Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l’Information).

La Revue d’Histoire Maghrébine (RHM) qui permit la publication des actes des congrès s’est convertie en organe de consultation indispensable pour les études de moriscologie, les chercheurs les plus connus dans le domaine o­nt honoré ses pages avec leurs érudites collaborations. La liste de ces collaborateurs est impressinante, en soi elle est la preuve de l’importance du prestige et de l’internationalisation de l’œuvre intellectuelle créée par le Dr Temimi en Tunisie : pour ne mentionner que quelques noms les plus remarquables dans le domaine des études morisques : L.P Harvey, Louis Cardaillac, Alvaro Galmés de Fuentes, Mikel de Epalza, Reinhold Kontzi, Ottmar Hegyi, Hossein Bouzineb, Bernard Vincent, M.A. Hatamlah, Consuelo Lopez-Morillas, M.N. Ben Jemia, Mercedes Garcia Arenal, Ridha Mami, Mohamed Turki, Antonio Vespertino Rodriguez, Maria Soledad Carrasco, Yvette Cardaillac, Rafael Carrasco, Francisco Marquez Villanueva etc…

Dans les congrès scientifiques (et les Actes correspondants) les chercheurs o­nt abordé les aspects les plus variés du phénomène morisque, ils l’ont fait en plusieurs langues : espagnole, arabe, française et anglaise- donnant avec cela des témoignages, véritables actes de foi, de l’esprit généreux du dialogue et de la fraternité académique qui a toujours animé les activités d’Abdeljelil Temimi. Aux deux tomes pionniers (1984) sur Religion, Identité et sources Documentaires sur les Morisques Andalous se sont ajoutés beaucoup à d’autres qui s’intéressent, l’Influence de l'Islam sur la littérature espagnole du moyen âge jusqu'à l'époque moderne (1990) ; Les pratiques musulmanes de los moriscos musulmanes (1492-1609) (1989) ; Etat des recherches en moriscologie durant les trente dernières années ; (1995) ; Le 5e Centenaire de la chute de Grenade 1492 – 1992 (1993) ; Famille morisque : Femmes et enfants (1997) ; Images des morisques dans la littérature et les arts (1999) ; La moriscologie : orientation, méthodologie et sources documentaires nouvelles (2001) ; Morisques, Méditerranée, & Manuscrits Aljamiado (2003) ; Imagines, escritos y lengua de los moriscos en el sigle XVI (2007). Actuellement nous attendons les actes du congrès de Mai 2007, qui réunira des travaux sur la littérature et l’histoire des morisques.

Bien plus de ce dynamique laboratoire de moriscologie tunisienne, il faut ajouter les publications d’importants livres sur le sujet ; (je rappelle entre autres l’ouvrage : La magie en Espagne : morisques et vieux chrétiens aux XVIe et XVIIe siècles (1996), de Yvette Cardaillac-Hermosilla, et spécialement, les volumes de Abdeljelil Temimi, connaisseur érudit de cette même matière qui lui doit tant : Le gouvernement ottoman et le problème morisque (1989), les Etudes d’Histoire morisque (1993), la Bibliographie générale d’études morisques (1995) et ses Nouvelles études d’histoire morisque (2000), et ses divers articles publiés dans la RHM. J’ai déjà dit que le dialogue interculturel est la caractéristique distinctive de ce centre tunisien d’études, qu’il a aussi contribué à faire connaître en langue arabe, quelques unes des études classiques sur la question en langue espagnole ou française, comme le célèbre : Morisques et chrétiens, un affrontement polémique (1492-1630) de Louis Cardaillac et La vie religieuse des morisques de Pedro Longás (1993). Je remercie très personnellement le centre pour la traduction arabe de mes propres textes sur la moriscologie et des études comparées hispano-musulmanes en collaboration avec l’UNESCO et l’Université de Puerto Rico.

Avec la générosité qui le caractérise, Abdeljelil Temimi a voulu que La Fondation rende hommage à ses propres collègues en la matière : ainsi naquirent, entre autres, les Festschrift de Louis Cardaillac, de María Solédad Carrasco -la grande dame des études morisques dans la littérature espagnole et l’hommage qui m’est rendu et personnellement ; un quatrième l’hommage très mérité fut réalisé à cette grande école d’études morisques qu’est Oviedo. Ces volumes réunissent quant à eux des études diverses en l’honneur de toutes les personnes internationales dans cette discipline.

Devant le déploiement de cette infatigable activité, je fais miens les mots de Louis Cardaillac, qui déjà depuis 1999 avait déclaré que Tunis « berceau de la moriscologie » ( ). De fait, il nous est pratiquement impossible de nous passer de l’immense œuvre de Abdeljelil Temimi pour étudier l’histoire, la littérature et la vie des morisques . Notre champ d’études a envers lui, une dette qui ne pourra jamais être jugée.

Je voudrais terminer cette réflexion sur l’œuvre du collègue Temimi, en partageant un souvenir personnel de notre première rencontre scientifique en Tunisie. Le Docteur Temimi emmena l’ensemble des congressistes en visite à Zaghouan et à Testour, ce village pittoresque, qui avec beaucoup de générosité o­nt accueilli les exilés et auxquels les morisques imposèrent leur très forte empreinte culturelle. En parcourant les ruelles très étroites, guidés par Temimi, je me suis mise à reproduire, mentalement ce que dut être l’arrivée à Zaghouan et à Testour de ces expatriés « fatigués, souffrants, perdus, tristes, confus, honteux, en colère, souillés, enragés, désabusés, assoiffés et affamés ».

En ce même lieu, précisément, aujourd’hui un souriant petit village d’aspect andalous, les morisques récupérèrent leur foi et leur dignité perdues grâce à la protection spirituelle de Aboulghaith Al Quaschech et l’appui social de Othman Dey. Temimi reprit la touche de ces anciens bienfaiteurs et continue encore aujourd’hui, par son aura scientifique et son dialogue interculturel à protéger ces morisques oubliés par le temps, mais très vivants à travers leur héritage écrit.



Il est important de dire que les réfugiés morisques, non seulement survécurent dans leurs manuscrits, mais transmirent aussi à leur nouveaux compatriotes tunisiens, leurs connaissances architecturales et leurs habiletés manuelles, surtout en poterie et en céramique. Tunis leur doit beaucoup aussi. Les morisques partagèrent leurs connaissances agricoles, car ils étaient expert en irrigation et en arboriculture fruitière. Les Adalous ou Tagarins, comme o­n les appelait apprirent de nouveau la religion musulmane, qui leur était interdite en Espagne et qu’ils avaient commencé à oublier, ils réapprirent aussi l’arabe de leurs illustres ancêtres de Al Andalous. Mais aussi, comme en témoigne le Père Francisco Ximenez, ils s’accrochèrent pendant longtemps à leur culture hispanique : o­n pouvait encore les entendre chanter des romances espagnoles du XVIIIe siècle. (Certaines d’entre elles, ironiquement, étaient des romances morisques).

Tour à tour, Abdeljelil Temimi nous présenta un des derniers descendants des morisques réfugiés de l’exode massif de 1609. En lui serrant la main, j’ai pu me rendre compte de la fierté que notre nouvel ami tirait de son ancienne lignée hispano-musulmane. Abdeljelil Temimi a su continuer à serrer de sa main généreuse, la main des morisques espagnols et celle de ceux venus ici des coins les plus éloignés de la terre, nous nous sommes donné rendez-vous pour comprendre leur histoire, leur héritage culturel et humain. Que le dialogue ouvert et tolérant du collègue Temimi, phare lumineux en ce XXIe siècle qui s’annonce très confus, aide à asseoir l’exemple de ce que nous devons faire pour que cohabitent de manière harmonieuse et fraternelle nos diverses civilisations.

Je remercie Abdejelili Temimi, pour son titanesque effort académique et je lui prévois, et même je lui souhaite beaucoup d’autres années de dialogue fécond.


Luce López Baralt
Université de Porto Rico

Traduit de l’espagnol par Mohamed Turki
Université de la Manouba
/Tunis





[1]) Mercedes Garcia Arenal, Los moriscos, 1975, p. 235

([2]) Alvaro Galmes de Fuentes : Tratado de los dos caminos por un morisco refugiado en Tunez, Madrid, 2006

([3]) Op.cit.

([4]) Op.cit, 203-204.

([5]) Images des morisques dans la littérature et les arts, p. 10, publications de la fondation, Zaghouan (1999).

([6]) Op.cit., Discours du Louis Cardaillac, p. 11.

[7]) Religion, Identité et sources Documentaires sur les Morisques Andalous, T 1., p. 13,Tunis 1984.
([8]) Images des morisques…, op.cit.

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