S?bado, 17 de noviembre de 2007
XIVe Congr?s international et exceptionnel d??tudes morisco-andalouses sur:


Le 4e centenaire de l?expulsion des morisques d?Andalousie (1609-2009)

Fondation Temimi : 20.21.22.23 mai 2009.


Fuente: Fundation Temimi


Dans le cadre de l?int?r?t port? pour les ?tudes morisco-andalouses depuis sa cr?ation, la Fondation Temimi a organis?, depuis 1983, 13 congr?s internationaux, dont le plus important fut sans aucun doute, le congr?s organis? en 1992 ? l?occasion du 5e centenaire de la chute de Grenade, dernier royaume des Arabo musulmans d?Andalousie (1492-1992).

A cette occasion, la Fondation a pu inviter plus de 100 historiens et chercheurs venus du monde entier ; les travaux de ce congr?s o?nt ?t? publi?s dans deux volumes devenus depuis, des r?f?rences incontournables pour les sp?cialistes du dossier morisco-andalou.

Il faut savoir que la Fondation a publi? ? ce jour plus de six cents (600) ?tudes scientifiques sur ce champ d??tudes, en diverses langues plus particuli?rement en espagnol et en fran?ais. Dans ce cadre, la Fondation s?engage ? organiser un congr?s international exceptionnel ? l?occasion du 4e centenaire de l?expulsion des Morisques de leur pays, l?Andalousie (1609-2009). Nous ne doutons pas que ce congr?s exceptionnel a une port?e historique ind?niable, en plus de son enjeu, du fait qu?il s?ins?re dans un contexte international, qui ?uvre pour le dialogue entre les civilisations, les cultures, la coexistence pacifique, la reconnaissance de l?Autre, le droit ? la divergence et le multiculturalisme. Ces valeurs n?ont pas b?n?fici? aux Morisques dans leur pays au cours du 16e si?cle, du fait de la posture des terribles tribunaux de l?Inquisition ? leur ?gard, alors que ces Morisques o?nt pu b?n?ficier de ces valeurs universelles, ? divers degr?s, dans leurs pays d?accueil, principalement dans les pays du Maghreb, mais aussi dans des rivages de la M?diterran?e et dans le Nouveau monde.Deux th?mes majeurs se dessinent pour ce congr?s exceptionnel:

Primo: les cons?quences humaines, ?conomiques sociales et cultuelles de l?expulsion des Morisques d?Andalousie (1609-2009):
- Les conditions inhumaines de l?extradition forc?e des morisques de leur pays andalou.- au niveau de l?Espagne : Poids d?mographique et ?conomique des Morisques Andalous;

- au niveau des pays d?accueil : Les contributions andalouses professionnelles et civilisationnelles.

Secundo:
Le?ons ? tirer des malheurs de l?expulsion des Morisco-andalous:
- La d?nonciation de l?attitude des tribunaux de l?Inquisition, aussi bien les anciens que les modernes;
- La mise en valeur des principes de la tol?rance, de la coexistence et de la reconnaissance de l?Autre;
- Combattre les drames de l?humanit? ? venir sur la base d?un nouveau syst?me, centr? sur l?humanisme, la coexistence et le partenariat.

Le premier th?me s?ouvrira surtout aux sp?cialistes d??tudes morisques, ceux qui travaillent inlassablement sur les documents et les archives espagnoles, europ?ennes, ottomanes et arabes, les manuscrits aljamiados et les textes litt?raires ainsi que les nouvelles sources de diff?rents pays d?Europe et d?Am?rique Latine.

Le second th?me sera plus ouvert sur les autres sp?cialit?s concern?es par les questions intellectuelles, culturelles et civilisationnelles du temps pr?sent. Parce que l?expulsion des Morisques ne fut pas un ?v?nement ordinaire dans l?histoire des relations entre l?Orient et l?Occident, et parce que cela a concern? plus d?un demi million de personnes, forc?s ? l?exil dans les pires conditions, cela constitue un th?me pour la recherche, sans cesse renouvel?e par les nouvelles g?n?rations de chercheurs et d?historiens toutes nationalit?s confondues ; un th?me ? reconsid?rer pour les hommes politiques et autres cat?gories sociales concern?es par le devenir de l?Humanit?, afin d??viter ? nouveau un drame similaire du fait des confrontations et des conflits ouverts ? travers le monde.

Ce congr?s se tiendra ? Tunis qui a accueilli, il y a de cela quatre si?cles maintenant, pr?s de cent mille (100.000) de ces r?fugi?s Morisques ; sachant que le Maroc a accueilli cinquante mille (50.000) et l?Alg?rie vint-cinq mille (25.000). D?autres groupes de r?fugi?s morisques se sont dirig?s vers d?autres pays comme la Libye, l?Egypte, le Midi de la France, Livourne, et surtout vers le centre de l?Etat ottoman, la Sublime Porte et l?Anatolie, o? ils o?nt ?t? accueillis. Leurs traces o?nt ?t? ?galement retrouv?es en Am?rique latine, en Inde, ? Tombouctou, et dans d?autres espaces ?galement. Cette dispersion est signe de toute la densit? de cette trag?die ? laquelle o?nt ?t? expos?s les Morisques, et il est de notre devoir, en tant qu?institutions, fondations, centres de recherche arabo-musulmans, historiens, politologues et ?lites, d?unifier nos efforts afin de faire parvenir notre message, que nous devons adresser plus particuli?rement:

- Aux autorit?s espagnoles en vue d?asseoir et d?approfondir le dialogue entre l?Espagne et le monde arabe sur des bases nouvelles qui s??l?vent sur l?esprit humaniste, la fraternit? et la coop?ration sinc?re et fructueuse, comme nous leur demandons d??laborer un document de port?e historique et culturelle, sorte d?excuses pour cette horrible trag?die humaine, comme elles l?ont fait elles-m?mes aupr?s des descendants des expuls?s juifs d?Andalousie, et nous proposons la publication d'un document similaire ? ce qui a ?t? fait pour la minorit? juive d'Andalousie en 1992 o? le pardon devrait ?tre clairement exprim?. Ce qui a ?t? fait pour la minorit? juive d'Andalousie peut, mutadis mutandis, ?tre fait pour les Andalous musulmans, majorit? d?mographique, et b?tisseurs de cette civilisation unique au monde.

- A tous les responsables politiques et bienfaiteurs arabes et aux institutions de recherches reconnues comme tel, afin de participer ? la d?fense de ce patrimoine laiss? en Andalousie et de mettre sur pied un nouveau laboratoire de connaissances, afin d??uvrer ? la traduction des milliers d??tudes et de th?ses universitaires r?alis?es sur ce dossier ; de m?me qu?il faut b?tir un nouvel espace de recherche pour fonder une banque de donn?es et la rendre disponible pour les chercheurs et le grand public dans le monde arabo-musulman et le monde tout court, qui est encore dans l?ignorance de cette terrible trag?die humaine au d?but du XVIIe sic?le.

- Cette lettre devra ?tre ?galement adress?e aux historiens occidentaux, am?ricains et internationaux, afin qu?ils poursuivent objectivement leur approche de ce dossier ; nous saluons ici l?Ecole de Porto-Rico o? travaillent aujourd?hui plus de 20 chercheurs sp?cialis?s dans la litt?rature aljamiado morisque.

Notre invitation est ouverte ? tous les sp?cialistes internationaux, arabes et musulmans, afin qu?ils prennent part ? ce congr?s international exceptionnel, et nous ne manquerons pas d?informer les participants de tout nouvelle information pour participer ? la r?alisation de ce congr?s international ; aussi bien, sont-ils invit?s ? contacter la Fondation Temimi, organisatrice du congr?s et de nous envoyer toute suggestion pour la r?ussite scientifique de cet ?v?nement majeur.

Vous trouverez ci-joint le formulaire de participation au congr?s pri?re de le remplir et de nous l?adresser.Recevez cher (e) coll?gue, l?expression de mes respectueuses salutations.

Prof. Em?rite Abdeljelil Temimi.




Tunis, capitale de la moriscologie

de Abul al-Gha?th al Qachach ? Abdeljelil Temimi



Luce L?pez Baralt
Universit? de Porto Rico


En 1609 ? presque quatre si?cles pass?s, l?Espagne des Philippes connut un cruel processus de d?membrement quand elle obligea les Morisques espagnols ? s?exiler massivement vers les terres musulmanes. M?me le p?re Aznar Cardona, pourtant peu complaisant envers la minorit? marginalis?e, fut pris de piti? devant le terrible spectacle offert par les expatri?s, lesquels, couverts de poussi?re et assoiff?s, se dirigeaient en d?sordre vers l?exil, portant les quelques rares affaires qu?on leur avait permis de r?cup?rer : voici son t?moignage.

"Les malheureux partirent donc aux dates qui leur o?nt ?t? assign?es par les officiers royaux, en processus d?sordonn?s, ceux qui ? pied avec ceux ? cheval, avan?ant les uns et les autres, ?touff?s par la chaleur et les larmes, dans un grand vacarme de voix et de plaintes, ayant ? leur charge leurs femmes et enfants, leurs malades, leurs personnes ?g?es, couverts de poussi?re, suant et haletant, les uns dans des charrettes, serr?s entre leurs affaires de valeur et les autres sur des montures avec des inventions bizarres et dans des postures fort rustiques, sur les selles ? dossier, sur des b?ts, dans des cabas de sparte, ou sur des b?ts r?serv?s au transport de l?eau, entour?s de besaces et autres sacs de vivres de cruches, de paniers, de hardes, v?tements, chemises, pi?ces de toiles, manteaux, morceaux de chanvre, des pi?ces de lin et bien d?autres choses du m?me genre, chacun avec ce qu?il poss?dait. Les uns ? pied rompus, mal v?tus, chauss?s d?espadrilles, les autres leurs capes autour du cou, d?autres encore avec leurs petits fardeaux, d?autres enfin, avec leurs atours et autres paquets, tous saluaient ceux qui les regardaient ou qu?ils rencontraient et leur disaient : que le Seigneur vous garde.

Parmi les susdits sur les charrettes et les montures (le tout lou? parce qu?ils ne pouvaient sortir et emmener que ce qu?ils pouvaient personnellement tels que leurs v?tements et l?argent des biens meubles qu?ils avaient vendus) sur lesquelles ils rejoignaient les fronti?res du royaume ; de temps en temps plusieurs femmes (de quelques riches maures) ?taient transform?es en v?ritable porte-bijoux tellement elles avaient de petits m?daillons en argent sur la poitrine, accroch?s autour des cous avec des colliers, des pendentifs d?oreilles ; des objets en corail orn?s de mille mani?res et couleurs paraient leurs v?tements avec lesquels elles dissimulaient une partie de la douleur du c?ur. Les autres qui en rien ne leur ressemblaient marchaient ? pied, fatigu?s, souffrants, perdus, tristes, confus, honteux, en col?re, souill?s, enrag?s, d?sabus?s, assoiff?s et affam?s?" ( ).

Le spectacle de ces exil?s serait sans doute tellement terrible, ils ?taient "fatigu?s, souffrants, perdus, tristes, confus, honteux, en col?re, souill?s, enrag?s, d?sabus?s, assoiff?s et affam?s". Mais quelques uns de ces morisques, si cruellement expatri?s, eurent la chance d?arriver ? bon port en terres de Berb?rie et l?un d?entre eux, l?auteur du ms. S 2 de la Biblioth?que de la Real Academia de la Historia de Madrid ( ), que nous consid?rons toujours anonyme ( ), r?ussit ? laisser ? la post?rit?, un ?mouvant t?moignage de son arriv?e ? Tunis. Deux personnes lui ouvrirent leurs bras : le pieux santon Sidi Abulga?z (Abul Gha?ll A Khachach) qui mobilise tout le pays pour accueillir les morisques et le gouverneur ottoman Othman Dey, qui prot?gea les nouveaux arrivants comme communaut? ?trang?re autonome, de haut niveau technique et ?conomique, et les pla?a directement sous sa protection politique, qui incluait d?importants d?gr?vements fiscaux. Notre morisque s?empressa de sauver pour la post?rit? la m?moire de ces deux figures protectrices plusieurs ann?es apr?s leur accueil en Tunisie .

? Ici (terre d?Islam) nous re?urent Othman Dey, roi de Tunis, tr?s arrogant d?habitude, mais aussi doux que l?agneau avec nous, Sidi Abulgha?th avec sa saintet? et les gens avec leur Islam, tous cherch?rent ? nous mettre ? l?aise, en nous offrant leur amour et amiti?. Othman Dey abrogea l?imp?t de cent ?cus que devait payer chaque bateau qui accostait au port pour nous encourager ( ) ? c?t? de cela, il nous laissa libres de nous installer l? o? nous voudrions. Ceux qui choisirent Mahdia, ils le furent contre sa volont?, mais malgr? tout, ils les aida avec du bl?, de l?orge, des (?) et j?ai su d?un ami tr?s intime ? lui que quand il a ?t? malade, il dit "quand je retrouverais la sant? nous devons, toi et moi, aller l? o? ils se sont install?s pour voir ce qui leur manque et le leur donner". Et ils leur accorda trois ann?es de libert?, durant lesquelles, ils ne payaient rien (..) et il voulut que personne ne se m?le de nos affaires (?) il disait que nous ?tions janissaires sans solde, et bien d?autres choses de moindre importance. De son c?t?, Sidi Abulgha?th nous aida avec des provisions et en nous installant dans les sanctuaires de la ville, comme celui de Sidi Azzula?ji o? beaucoup de pauvres s?install?rent avec leurs femmes et leurs enfants. Et comme il est normal que les enfants fassent leurs besoins, l? o? ils peuvent, les ordures s?accumul?rent, poussant le responsable du lieu ? en alerter Sidi Abulgha?th lui disant que le sanctuaire ?tait devenu un v?ritable d?potoir. Sidi Abulgha?th r?pondit : "laisse-les o? ils sont, et qu?ils se salissent et fassent ce qu?ils veulent, car si l?endroit o? ils sont pouvait parler, il dirait : soyez les bienvenus dans mon heureuse demeure, vous les bienheureux et bons musulmans, mes chers fr?res qui n?aimeront et ch?riront que ceux qui sont croyants et ne d?testeront que celui qui est hypocrite" (Fols 12 v-13v) ( ).

Je me suis permise d??voquer longuement le souvenir de ce g?n?reux accueil historique que les Morisques espagnols re?urent des autorit?s tunisiennes, parce que, quatre si?cles plus tard, le Dr Abdeljelil Temimi est en train de r?it?rer cette bienvenue, d?j? si ?loign?e dans l?histoire, tout en la r?actualisant comme question ? l?ordre du jour.

On pourrait presque dire que, avec les ?tudes scientifiques autour de la moriscologie qu?il a promu et ?crit, le Dr. Temimi porte ? leurs ultimes cons?quences les faits que d?crit le journal d?arriv?e du r?fugi? anonyme en 1609. Gr?ce au ma?tre Temimi, il n?est pas exag?r? de dire que Tunis n?a cess? d?accueillir les Morisques espagnols durant quatre cents ans. Dans l?histoire je ne connais pas de refuge plus g?n?reux ni plus loyal, car c?est pr?cis?ment dans ces terres tunisiennes que nous chercheurs d?origines tr?s diverses, nous avons ?t? invit?s pour r?fl?chir sur les victimes de cet exil massif qui finirent pas trouver refuge et consolation dans cette authentique ? oasis de paix au milieu de la M?diterran?e ? ( ), comme le m?me Temimi appelle son beau pays. Il y a des crises historiques d?une telle envergure qu?il faudrait, en effet, des si?cles pour pouvoir commencer ? en appr?cier toutes les cons?quences. Le Dr. Temimi a eu la lucidit? et l?extraordinaire g?n?rosit? d??difier un pont symbolique,-je me sers des mots du toujours ?loquent coll?gue Louis Cardaillac ( )- qui a r?ussi ? unir non seulement les deux rives d?un fleuve, mais qui a aussi permis le passage et l??change entre les ?tres humains qui le traversent. Le pont qu?Abdeljelil Temimi nous a tendu a su connecter non seulement les horizons, mais aussi les civilisations. Bien avant que l?historien am?ricain Sammuel Huntington ne pr?sente l?abominable climat actuel que nous allons devoir vivre avec son Clash of civilisations, d?j? Abdeljelil Temimi avait inaugur? un espace de r?flexion collective ? et r?it?r?e ? autour de cet ancien ? choc des civilisations ? qui eu lieu entre l?Espagne et le Monde islamique. Il le fit gr?ce au dialogue vibrant, ind?pendant, libre et compr?hensif, justement pour conjurer d?autres possibles chocs de civilisations.

Quand il commen?a son g?n?reuse geste scientifique, le coll?gue Temimi (et nous tous qui avons travers? plusieurs fois son pont savant) ?tait loin d?imaginer l?urgence qu?a, aujourd?hui, son importante ?uvre civilisatrice. Le pont entre les anciens morisques et les Espagnols du si?cle d?Or est aussi, aujourd?hui, le pont entre la civilisation islamique et la civilisation occidentale. En Tunisie, comme je l?ai d?j? dit, nous avons emprunt? plusieurs fois ? et dans toutes les directions ? ce pont symbolique, in?branlable par ses fondations et magnanime par son envergure.

Les premi?res r?coltes modernes de la r?flexion collective sur le ph?nom?ne morisque eurent lieu premi?rement ? Ovi?do, en 1978, o? a ?t? organis? un premier congr?s international sur le th?me, sous la direction de Alvaro Galm?s de Fuentes ; ensuite ? Montpellier, en 1981 sous la direction de Louis Cardaillac. A partir de l?, Abdeljelil Temimi prit la rel?ve, quand il organisa sa premi?re rencontre scientifique en Tunisie en Septembre 1983. Cardaillac d?clara publiquement que ? c?est donc un honneur et une grande joie pour moi de transmettre symboliquement la flamme ? Tunis ? ( ). Une fois la symbolique flamme re?ue, Temimi devra la porter pour toujours, parce que ? partir de cette ann?e, les rencontres scientifiques ne cess?rent de se succ?der et elles d?passent d?j? quatorze ? une chose totalement impossible dans n?importe quel pays du monde- et elles continuent ? se projeter dans le futur.

Les premiers congr?s eurent lieu dans la capitale du pays et ? Hammamet, mais ensuite et pendant plusieurs ann?es, le si?ge fut transf?r? ? Zaghouan, une des anciennes villes tunisiennes qui accueillit avec une g?n?rosit? particuli?re les morisques r?fugi?s. L?, Abdeljelil Temimi a construit un ?difice d?une incomparable beaut? architecturale, comportant des salles pour les r?unions scientifiques, des chambres pour les chercheurs, une biblioth?que et une maison d??dition. Bien que aujourd?hui les s?minaires s?organisent de nouveau dans la capitale, nous, chercheurs, portons dans nos c?urs, pour la vie, ce palais uniquement d?di? au savoir, entour? de plantes de jasmins et de fleurs ? l?ombre des grands arbres fruitiers.

La profession et la r?ussite de ces congr?s scientifiques auxquels particip?rent des coll?gues venus d?Espagne, Tunisie, Alg?rie, Etats-Unis, France, Maroc, Jordanie, Palestine, Hollande, Italie, Venezuela, Egypte, Finlande, Mexique, Russie, Pakistan et Puerto Rico, entre autres pays qui permirent la cr?ation d?importantes institutions comme le CIEM (Comit? International d?Etudes Morisques) et FTERSI (Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l?Information).

La Revue d?Histoire Maghr?bine (RHM) qui permit la publication des actes des congr?s s?est convertie en organe de consultation indispensable pour les ?tudes de moriscologie, les chercheurs les plus connus dans le domaine o?nt honor? ses pages avec leurs ?rudites collaborations. La liste de ces collaborateurs est impressinante, en soi elle est la preuve de l?importance du prestige et de l?internationalisation de l??uvre intellectuelle cr??e par le Dr Temimi en Tunisie : pour ne mentionner que quelques noms les plus remarquables dans le domaine des ?tudes morisques : L.P Harvey, Louis Cardaillac, Alvaro Galm?s de Fuentes, Mikel de Epalza, Reinhold Kontzi, Ottmar Hegyi, Hossein Bouzineb, Bernard Vincent, M.A. Hatamlah, Consuelo Lopez-Morillas, M.N. Ben Jemia, Mercedes Garcia Arenal, Ridha Mami, Mohamed Turki, Antonio Vespertino Rodriguez, Maria Soledad Carrasco, Yvette Cardaillac, Rafael Carrasco, Francisco Marquez Villanueva etc?

Dans les congr?s scientifiques (et les Actes correspondants) les chercheurs o?nt abord? les aspects les plus vari?s du ph?nom?ne morisque, ils l?ont fait en plusieurs langues : espagnole, arabe, fran?aise et anglaise- donnant avec cela des t?moignages, v?ritables actes de foi, de l?esprit g?n?reux du dialogue et de la fraternit? acad?mique qui a toujours anim? les activit?s d?Abdeljelil Temimi. Aux deux tomes pionniers (1984) sur Religion, Identit? et sources Documentaires sur les Morisques Andalous se sont ajout?s beaucoup ? d?autres qui s?int?ressent, l?Influence de l'Islam sur la litt?rature espagnole du moyen ?ge jusqu'? l'?poque moderne (1990) ; Les pratiques musulmanes de los moriscos musulmanes (1492-1609) (1989) ; Etat des recherches en moriscologie durant les trente derni?res ann?es ; (1995) ; Le 5e Centenaire de la chute de Grenade 1492 ? 1992 (1993) ; Famille morisque : Femmes et enfants (1997) ; Images des morisques dans la litt?rature et les arts (1999) ; La moriscologie : orientation, m?thodologie et sources documentaires nouvelles (2001) ; Morisques, M?diterran?e, & Manuscrits Aljamiado (2003) ; Imagines, escritos y lengua de los moriscos en el sigle XVI (2007). Actuellement nous attendons les actes du congr?s de Mai 2007, qui r?unira des travaux sur la litt?rature et l?histoire des morisques.

Bien plus de ce dynamique laboratoire de moriscologie tunisienne, il faut ajouter les publications d?importants livres sur le sujet ; (je rappelle entre autres l?ouvrage : La magie en Espagne : morisques et vieux chr?tiens aux XVIe et XVIIe si?cles (1996), de Yvette Cardaillac-Hermosilla, et sp?cialement, les volumes de Abdeljelil Temimi, connaisseur ?rudit de cette m?me mati?re qui lui doit tant : Le gouvernement ottoman et le probl?me morisque (1989), les Etudes d?Histoire morisque (1993), la Bibliographie g?n?rale d??tudes morisques (1995) et ses Nouvelles ?tudes d?histoire morisque (2000), et ses divers articles publi?s dans la RHM. J?ai d?j? dit que le dialogue interculturel est la caract?ristique distinctive de ce centre tunisien d??tudes, qu?il a aussi contribu? ? faire conna?tre en langue arabe, quelques unes des ?tudes classiques sur la question en langue espagnole ou fran?aise, comme le c?l?bre : Morisques et chr?tiens, un affrontement pol?mique (1492-1630) de Louis Cardaillac et La vie religieuse des morisques de Pedro Long?s (1993). Je remercie tr?s personnellement le centre pour la traduction arabe de mes propres textes sur la moriscologie et des ?tudes compar?es hispano-musulmanes en collaboration avec l?UNESCO et l?Universit? de Puerto Rico.

Avec la g?n?rosit? qui le caract?rise, Abdeljelil Temimi a voulu que La Fondation rende hommage ? ses propres coll?gues en la mati?re : ainsi naquirent, entre autres, les Festschrift de Louis Cardaillac, de Mar?a Sol?dad Carrasco -la grande dame des ?tudes morisques dans la litt?rature espagnole et l?hommage qui m?est rendu et personnellement ; un quatri?me l?hommage tr?s m?rit? fut r?alis? ? cette grande ?cole d??tudes morisques qu?est Oviedo. Ces volumes r?unissent quant ? eux des ?tudes diverses en l?honneur de toutes les personnes internationales dans cette discipline.

Devant le d?ploiement de cette infatigable activit?, je fais miens les mots de Louis Cardaillac, qui d?j? depuis 1999 avait d?clar? que Tunis ? berceau de la moriscologie ? ( ). De fait, il nous est pratiquement impossible de nous passer de l?immense ?uvre de Abdeljelil Temimi pour ?tudier l?histoire, la litt?rature et la vie des morisques . Notre champ d??tudes a envers lui, une dette qui ne pourra jamais ?tre jug?e.

Je voudrais terminer cette r?flexion sur l??uvre du coll?gue Temimi, en partageant un souvenir personnel de notre premi?re rencontre scientifique en Tunisie. Le Docteur Temimi emmena l?ensemble des congressistes en visite ? Zaghouan et ? Testour, ce village pittoresque, qui avec beaucoup de g?n?rosit? o?nt accueilli les exil?s et auxquels les morisques impos?rent leur tr?s forte empreinte culturelle. En parcourant les ruelles tr?s ?troites, guid?s par Temimi, je me suis mise ? reproduire, mentalement ce que dut ?tre l?arriv?e ? Zaghouan et ? Testour de ces expatri?s ? fatigu?s, souffrants, perdus, tristes, confus, honteux, en col?re, souill?s, enrag?s, d?sabus?s, assoiff?s et affam?s ?.

En ce m?me lieu, pr?cis?ment, aujourd?hui un souriant petit village d?aspect andalous, les morisques r?cup?r?rent leur foi et leur dignit? perdues gr?ce ? la protection spirituelle de Aboulghaith Al Quaschech et l?appui social de Othman Dey. Temimi reprit la touche de ces anciens bienfaiteurs et continue encore aujourd?hui, par son aura scientifique et son dialogue interculturel ? prot?ger ces morisques oubli?s par le temps, mais tr?s vivants ? travers leur h?ritage ?crit.



Il est important de dire que les r?fugi?s morisques, non seulement surv?curent dans leurs manuscrits, mais transmirent aussi ? leur nouveaux compatriotes tunisiens, leurs connaissances architecturales et leurs habilet?s manuelles, surtout en poterie et en c?ramique. Tunis leur doit beaucoup aussi. Les morisques partag?rent leurs connaissances agricoles, car ils ?taient expert en irrigation et en arboriculture fruiti?re. Les Adalous ou Tagarins, comme o?n les appelait apprirent de nouveau la religion musulmane, qui leur ?tait interdite en Espagne et qu?ils avaient commenc? ? oublier, ils r?apprirent aussi l?arabe de leurs illustres anc?tres de Al Andalous. Mais aussi, comme en t?moigne le P?re Francisco Ximenez, ils s?accroch?rent pendant longtemps ? leur culture hispanique : o?n pouvait encore les entendre chanter des romances espagnoles du XVIIIe si?cle. (Certaines d?entre elles, ironiquement, ?taient des romances morisques).

Tour ? tour, Abdeljelil Temimi nous pr?senta un des derniers descendants des morisques r?fugi?s de l?exode massif de 1609. En lui serrant la main, j?ai pu me rendre compte de la fiert? que notre nouvel ami tirait de son ancienne lign?e hispano-musulmane. Abdeljelil Temimi a su continuer ? serrer de sa main g?n?reuse, la main des morisques espagnols et celle de ceux venus ici des coins les plus ?loign?s de la terre, nous nous sommes donn? rendez-vous pour comprendre leur histoire, leur h?ritage culturel et humain. Que le dialogue ouvert et tol?rant du coll?gue Temimi, phare lumineux en ce XXIe si?cle qui s?annonce tr?s confus, aide ? asseoir l?exemple de ce que nous devons faire pour que cohabitent de mani?re harmonieuse et fraternelle nos diverses civilisations.

Je remercie Abdejelili Temimi, pour son titanesque effort acad?mique et je lui pr?vois, et m?me je lui souhaite beaucoup d?autres ann?es de dialogue f?cond.


Luce L?pez Baralt
Universit? de Porto Rico

Traduit de l?espagnol par Mohamed Turki
Universit? de la Manouba
/Tunis





[1]) Mercedes Garcia Arenal, Los moriscos, 1975, p. 235

([2]) Alvaro Galmes de Fuentes : Tratado de los dos caminos por un morisco refugiado en Tunez, Madrid, 2006

([3]) Op.cit.

([4]) Op.cit, 203-204.

([5]) Images des morisques dans la litt?rature et les arts, p. 10, publications de la fondation, Zaghouan (1999).

([6]) Op.cit., Discours du Louis Cardaillac, p. 11.

[7]) Religion, Identit? et sources Documentaires sur les Morisques Andalous, T 1., p. 13,Tunis 1984.
([8]) Images des morisques?, op.cit.

Tags: Diaspora andalusi, Moriscos

Publicado por NASOINAN @ 13:26  | Aben Humeya y Moriscos
 | Enviar